c kunschArticle paru dans l'édition du 20 septembre du journal L'Echo.

 

Au lendemain du 19 juin, ce jour où les majorités francophones ont basculé dans le vide, poussées d'une main ferme par le cdH de Benoît Lutgen, le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) avait exprimé toutes ses craintes sur l'avenir. Crainte d'une droitisation du paysage politique francophone, d'un stand-by imposé dans les chantiers lancés par les majorités régionales et communautaires.

 

Autant de peurs aujourd'hui confirmées. "On est dans une législature cruciale. Celle qui suit la 6e réforme de l'Etat. Le citoyen attend que les différents niveaux politiques garantissent les services dont il a besoin. Sur les allocations familiales, les soins de santé. Cela représente une hausse de 41% du budget wallon. On ne peut pas se rater. Mais on est à mi-législature, et l'attelage change. Et on peut craindre que le partenaire libéral veuille imprimer sa marque."

 

Kunsch comprend-il ce qui s'est passé le 19 juin dans la tête de Benoît Lutgen? "Les partis ont leur stratégie, tout comme les mouvements sociaux ont la leur. On jugera de ce que la stratégie du cdH aura donné. Lutgen a fait ce qu'il pensait devoir faire, c'est son problème. Nous, on regardera les conséquences. Mais je me demande s'il a pris la mesure des effets collatéraux. Regardez la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle n'a pas la reconnaissance de l'ensemble du monde politique. N'a-t-on pas rouvert la boîte de Pandore d'une régionalisation de l'enseignement et la culture?"
Le cdH seul responsable?

 

Le cdH de Benoît Lutgen est pourtant, a priori, le parti le plus proche du MOC, coeur de cible du mouvement, même s'il clame haut et fort son indépendance ("Eux, c'est eux, nous, c'est nous", dit Christian Kunsch). Serait-il seul responsable dans tout ça? Christian Kunsch recadre: "Je ne vais pas minimiser la responsabilité de mandataires qui s'en sont mis plein les poches. C'est scandaleux, cela mine la démocratie et alimente le populisme. Maintenant, balayons devant notre porte. Le PS n'a pas l'apanage des scandales... Mais pour faire face à cela, j'aurais plutôt vu des états généraux de la gouvernance..."

 

Cela ne valait donc pas cette crise? "Cela valait un arrêt sur image, poser des règles plus strictes, accepter un contrôle. Mais qu'a-t-on vu? De la surenchère, de la tactique politicienne. Là où il aurait fallu un réel débat démocratique, avec l'écoute de la société civile."

 

La conclusion de Christian Kunsch est sombre. "Je crains qu'au terme de cette saga de l'été, le citoyen ne soit encore moins compréhensif vis-à-vis du politique." C'est là, à ses yeux, que le MOC et les autres organisations auront leur rôle à jouer. Aider le citoyen à comprendre, à mesurer les enjeux.

 

En attendant, le MR est au pouvoir à la Région. Et difficile pour Christian Kunsch de nier la clarification du paysage politique apportée par son arrivée. Les perspectives que cela ouvre pour l'avancement de dossiers liés aux transferts des compétences. De l'huile dans les rouages institutionnels. "Oui, mais pour aller dans quel sens?" La réponse qu'il pressent n'a rien de positif à ses yeux...

 

"Quand on voit ce qui se fait au niveau fédéral, où on diminue la protection sociale, où on diminue les services publics, où on amaigrit l'administration, et à côté de ça, Chastel qui dit 'je vais transposer ce qui se fait au Fédéral en Wallonie'... Cela suscite plus de craintes que d'apaisement..."


Arrêt en plein vol

 

Le président du MOC a beau afficher un sourire jusqu'aux oreilles face à nous, rire dans sa barbe, son discours n'en contraste que d'avantage. Il pointe ce qu'il voit comme des "arrêts en plein vol" des projets régionaux. "La coalition PS-cdH avait un accord pour la réforme des APE (les aides publiques à l'emploi), le MR a dit 'stop'. Va-t-on avoir la même chose avec les allocations familiales? Et l'assurance autonomie?"

 

On lui demande s'il pense réellement que les libéraux sabreront dans les budgets consacrés à l'aide aux familles, aux personnes âgées. "Avec la réforme de l'Etat, les entités fédérées reçoivent des compétences sans avoir 100% des moyens financiers. Le momentum est des plus délicats. Quelle est la politique fiscale qui doit être menée? Le MR parle de diminuer les impôts. Où est la cohérence? Avec le tax shift ajouté au reste, la Wallonie est en déficit de 460 millions..."

 

Pour Christian Kunsch, la direction prise est limpide. On va droit vers une période dure. "Quand le gouvernement wallon dit: 'on va rendre 150 millions à la population au travers de la réforme fiscale', il donne de l'argent qu'il n'a pas. On est déjà en déficit. On va faire cela, puis on dira que la loi de financement n'a pas prévu de donner les moyens nécessaires pour gérer les allocations familiales, l'assurance dépendance..."

 

Christian Kunsch tacle ce qu'il juge être une politique court-termiste, qui ne fait que caresser l'électeur dans le sens du poil. Avant de le raser... "C'est cela de la bonne gouvernance?" s'insurge-t-il. Cette bonne gouvernance au nom de laquelle le cdH a tiré une balle dans la tête de son partenaire socialiste. "La gouvernance, elle est partout, y compris dans les finances publiques."

 

Le MR et le cdH vont-ils laisser se creuser le trou budgétaire? Alors qu'au Fédéral, Charles Michel devra rendre des comptes à l'Europe? "On va prendre sur le fonctionnement des administrations", dit Christian Kunsch. Simple. "Le discours de la majorité n'est pas de dire qu'on va compenser par d'autres recettes fiscales. Donc, que reste-t-il..."

 

Dépit? Ou colère? Comme celle qui ronge les syndicats, dont le discours repart dans le registre va-t-en- guerre? "J'ai toujours pensé que l'important, c'est la concertation. Mais que va-t-il advenir des grands projets qui ont été négociés avec les syndicats? Ces accords résultent de débats intenses, je peux en témoigner. Alors quand il y a compromis, ceux qui l'ont forgé s'attendent à ce qu'il se poursuive. Si on rebat les cartes, il faudra s'attendre à des réactions. Mais chaque organisation est autonome, ce n'est pas moi qui vais dire aux syndicats quoi faire."

 

Verra-t-on Christian Kunsch en tête de cortège aux côtés de Marie-Hélène Ska (CSC), Robert Vertenueil (FGTB), Olivier Valentin (CGSLB)? "Si la CSC décide d'actions, oui. Tout comme si la Mutualité chrétienne décide de se mobiliser. Mais ce que j'entend surtout actuellement au sein du mouvement, c'est une demande d'explication. Les militants veulent comprendre ce qui s'est passé, et les conséquences que cela aura."

 

Nathalie Bamps

 

Article à lire sur le site du journal L'Echo

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