La concertation sociale a repris à la fin décembre, «mais il reste à transformer l’essai», professe Christian Kunsch.

 


En ce début d’année, le Mouvement Ouvrier Chrétien évalue l’action des gouvernements. Il y décèle sept «péchés capitaux».

Le début d’année correspond à la «tournée des vœux» du président du MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien). Christian Kunsch va faire le tour des régionales, avec un sentiment mitigé. Car maintenant que «les exécutifs sont en place depuis plusieurs mois», il décèle «sept péchés capitaux», dans les propositions des divers gouvernements.

Ciblée, surtout, la «coalition tout à fait inusitée», au fédéral, «dont un partenaire, la N-VA, qui ne fait pas mystère de son intention de mettre sur la touche toute organisation intermédiaire entre le citoyen et l’État». En clair, «se passer des syndicats, des mutualités, des mouvements sociaux qui viennent interférer dans la politique qu’elle veut mener, alors que notre société est traversée par des mécanismes de concertation. Et que c’est cette concertation, justement, qui a permis à notre pays de supporter la crise relativement mieux que d’autres».

Pour vous, ce rejet de la concertation est le premier «péché capital». Mais le gouvernement reproche aux syndicats d’avoir lancé la contestation avant que ses mesures ne soient prises, et que la concertation ait pu démarrer…

Il ne se rend pas compte que dès que ses mesures ont été annoncées, la base sociale était très «chaude». Même à la CSC, de nombreux militants voulaient dès le départ partir à la grève au finish. Les syndicats ont canalisé ce mouvement. Alors que, dans le secteur de la santé, où le gouvernement a laissé se développer la concertation dans le cadre budgétaire qu’il avait fixé, un accord médico-mutuelliste a été conclu.

Mais le gouvernement ne proposait-il pas la même démarche sur ses propositions économiques et sociales?

Là, les options étaient prises, et elles vont toutes dans le même sens: l’effort n’est demandé qu’aux seuls travailleurs et allocataires sociaux. C’est inéquitable: en matière de fiscalité, il y a énormément d’argent à récupérer pour assurer le sacro-saint équilibre budgétaire qui, selon nous, est un paravent. C’est pourquoi, par exemple, le MOC propose l’instauration d’une cotisation sociale généralisée.

Franchement, un saut d’index quand l’inflation est proche de 0%, voire négative, ou le report progressif de l’âge de la retraite, à horizon de dix et de quinze ans, ce n’est pas gérable socialement?

Si l’on prend chaque mesure séparément, on peut avoir une opinion sur chacune d’entre elles. Mais c’est la tendance générale qu’il faut regarder. Elle ne va pas dans le bon sens: c’est en luttant contre les inégalités que se sont construites les sociétés les plus solidaires, qui distribuent le plus de bonheur.

Mais justement, tout en fin d’année, les partenaires sociaux se sont retrouvés, et ils ont dégagé un accord social, limité, approuvé par le gouvernement. Cette concertation doit reprendre en janvier: cela va dans votre sens, non?

Je parlerai plutôt de frémissement, mais il reste à transformer l’essai. Certains se sont rendu compte, au niveau gouvernemental, que le mouvement syndical ne va pas s’estomper. Et que s’il s’estompe, cela va reprendre de manière plus ponctuelle, moins contrôlée. À l’inverse, voyez ce qui a suivi l’accord médico-mutuelliste: son encre à peine séchée, certains ont mis en cause le fonctionnement des mutuelles!

ALLOCATAIRES: de la sécurité à l’assistance

Ce gouvernement «fait la chasse aux allocataires sociaux, analyse Christian Kunsch. Et ce faisant, il les fait basculer de la sécurité à l’assistance».

Cette chasse vise surtout les jeunes, «et les femmes qui sont 80% des allocataires, forment la majorité des travailleurs à temps partiel et celle des familles monoparentales». Or, rappelle le président du MOC, la Sécurité sociale, qui fête cette année ses 70 ans, «reste tout de même financée à 60% par les cotisations sociales».

PRECARITE: des inégalités croissantes

La société qui se dessine «n’a pas peur d’aller vers des inégalités croissantes», affirme Christian Kunsch. Des personnes «ont plutôt bien traversé la crise – la Bourse s’est même bien comportée en 2014 – tandis que de plus en plus de familles sont précarisées». En même temps que le gouvernement «annonçait un saut d’index, un ministre estimait que le plafonnement du salaire des  “top managers ” des entreprises publiques doit être levé». Le MOC, à l’inverse, prône «la solidarité et l’équité fiscale. Au risque d’apparaître ringard».

FORMATION: sauver le congé-éducation payé

Le niveau régional est aussi ciblé par Christian Kunsch. Pour défendre «le congé-éducation payé, car l’éducation permanente est un enjeu important». La sixième réforme de l’État a transféré ce congé-éducation aux entités fédérées. Fédération Wallonie-Bruxelles et Régions wallonne et bruxelloise doivent se concerter. «Mais comme sœur Anne, nous ne voyons rien venir: notre crainte, c’est qu’on cherche aussi à y réaliser des économies.» Par exemple en réservant le congé-éducation à des formations purement techniques?

FISCALITE: taxer au niveau indiqué

«Il y a de l’argent en Belgique, et il y a une difficulté à mobiliser l’argent pour la relance. Et ce n’est pas en annonçant des économies sur tout, ou en réduisant le pouvoir d’achat qu’on assurera cette relance»: il faut donc réajuster une fiscalité «inique», reprend le président du MOC.  Une réflexion sur un impôt sur la fortune est annoncée pour la rentrée, «et nous l’appelons de nos vœux». En sachant que «la Belgique n’est pas une île déserte». Et que, sur ce plan, il lui faudra peut-être relayer la proposition au niveau européen.

SERVICES PUBLICS: un régime amaigrissant

«Pour nous, c’est un dogme: en période de crise, l’action et les services publics peuvent aider à maintenir un niveau suffisant d’investissement et d’emploi.» Le président du MOC ne défend pourtant pas à tous crins les services publics, «mais regardez ce qu’on fait à la SNCB: durant la campagne électorale, on n’a pas cessé de dire qu’il fallait favoriser les transports en commun, mais le gouvernement lui impose une cure d’amaigrissement. Au niveau régional, c’est le non-remplacement d’agents qui est programmé: cherchez l’erreur».

IMMIGRATION: le rejet de l’autre

Un pas a été franchi, s’inquiète Christian Kunsch: «l’autre, l’étranger, l’immigré, qui n’était pas le bienvenu, est désormais considéré comme un délinquant en puissance».

Le sort réservé à ces demandeurs d’asile «est significatif de la philosophie de l’ensemble de notre société». Une société où «on segmente: on s’en prend un jour aux allocataires sociaux, un autre aux futurs pensionnés, ou aux immigrés». Alors que l’Europe «n’est pas le continent qui accueille le plus d’immigrés, et la Belgique n’est pas le pays qui en héberge le plus».

 

Interview parue lundi 12 janvier 2015 dans le quotidien L'Avenir par Philippe Leruth

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