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c kunschInterview de Christian Kunsch publiée dans l'Avenir, le 12/04/2017.
Le travail de plus en plus précaire, des cas de burn-out de plus en plus nombreux: le Mouvement ouvrier chrétien s’interroge sur l’avenir et le sens du travail.


Quel sens et quel avenir va-t-on donner au travail? Le MOC s’interroge. Rencontre avec son président, Christian Kunsch.

Le travail, son sens et son avenir, est au centre de la réflexion de votre 95e semaine sociale. Pourquoi?
Parce qu’on remarque cette ambivalence par rapport au travail. Il y a ceux qui s’épanouissent dans leur travail. Il y a ceux qui n’en ont pas et qui en voudraient un. Et il y a ceux pour qui le travail est devenu une souffrance. Parce qu’ils sont en burn-out, en incapacité. Il y en a de plus en plus. Parce qu’on détricote tout. Parce que l’emploi est fragilisé.


Vous visez le gouvernement?
Charles Michel et ses «jobs, jobs, jobs» c’est beaucoup de paroles. On ne va pas cracher sur la création d’emplois mais pas n’importe lesquels. Or, c’est ce qui se passe. Les gens attendent un emploi stable, décemment payé et une bonne protection sociale. Chaque jour, on s’en éloigne. Entre autres avec l’économie numérique (Uber, Deliveroo...).


N’est-elle pas créatrice d’emplois?
Mais lesquels? Numérique, ça fait moderne. “Parce que j’utilise mon smartphone, j’ai l’impression d’être libre.” Mais derrière? On voit des boulots à temps partiel ou sans horaire. Où l’on fait travailler les gens à la tâche, parfois sans contrat, juste une convention. Et le risque est pour qui? Pour le travailleur.


C’est là qu’intervient le politique?
C’est lui qui doit réguler le marché. Le pouvoir politique doit s’adapter à un environnement qui évolue très vite. Nous sommes là, pour le rappeler. Le débat doit avoir lieu au niveau européen. On organise une concurrence exacerbée qui est dangereuse pour la démocratie. On ne construit pas une société harmonieuse en instaurant la concurrence entre les travailleurs.


Vous visez particulièrement les jeunes?
On fait travailler les gens plus longtemps, on détricote les filets de sécurité et le jeune que se dit-il? «Je vais galérer.» Ça ouvre la porte au rejet institutionnel, au populisme.
Demander de réguler cela au niveau européen, n’est-ce pas une utopie?
Le politique travaille sur des mandats courts. Nous sommes un mouvement d’éducation permanente, nous sommes des coureurs de fond et nous sommes optimistes.


D’où cette idée de la réduction collective du temps de travail?
Nous savons que cela va faire hurler, comme à chaque fois que l’on a évoqué la réduction du temps de travail, mais nous aimons aller à contre-courant. C’est au centre de notre réflexion: nous allons l’étudier en profondeur. Mais nous disons bien une réduction collective du temps de travail. Un projet solidaire et égalitaire, par une contrainte individuelle. On est là pour enrichir le débat, il faut remettre la question sur le tapis.


Faisable?
On doit absolument se pencher sur la répartition de la richesse. Elle est là mais elle est de plus en plus concentrée. Si on continue comme ça, on va dans le mur. L’élu est là pour assurer le bien commun.


Allocation universelle: prudenceChristian Kunsch est prudent comme un sioux quand on évoque l’allocation universelle. «De laquelle parle-t-on? Celle de Philippe Defeyt, de la libérale, d’une autre?»
L’homme n’est, a priori, pas chaud. «Avec cette allocation, on attaque les fondements de la sécurité sociale. On atomise l’individu: on lui donne du pognon et tu te débrouilles. Non seulement, il n’y a plus d’organisation sociale mais en plus, on supprime le lien social.» Il poursuit: «Un revenu de base suffisant, c’est combien? Les besoins sont différents: une personne malade ou une autre âgée avec perte d’autonomie aura plus de besoins qu’une autre en bonne santé.»
De soulever l’écueil du marché du travail: «Et si ce revenu ne suffit pas? Il y aura le travail à la tâche... Nous, on se bat pour une sécurité sociale crédible. On n’achète pas un chat dans un sac et on étudie le thème.»
PTB: prendre ses responsabilités

Répartition des richesses, réduction du temps de travail...: des thématiques chères au MOC mais aussi, entre autres, au PTB.

Christian Kunsch précise d’emblée: «Le PTB est plus fréquentable que le FN. C’est clair. Mais il est toujours bon de montrer comment on est au pouvoir et de ne pas rester dans l’opposition. Chaque parti doit donner des gages. Il n’y a pas que les paroles.»


Si on sait que le MOC ne porte pas le MR dans son cœur, non seulement pour la politique menée mais aussi pour ce «premier ministre otage de la N-VA. Comment des partis démocratiques peuvent-ils rester dans cet attelage? Avec ce parti qui base sa politique sur le rejet de l’autre, l’opposition, la confrontation. Avant, c’était les Wallons fainéants. Maintenant, ce sont les musulmans qui sont les ennemis. Le dernier incident avec Zuhal Demir est insidieux. Et quand arriveront les élections, nous rappellerons ce qui s’est passé pendant 5 ans avec ce gouvernement. Un devoir de mémoire. Il sera jugé sur ses actes.»


Mais si la N-VA n’est pas fréquentable à ses yeux, que penser aussi de ce qui se passe en Wallonie? Si on le jugeait aussi sur ses actes? «PS et cdH jouent avec le feu, ils doivent réagir vigoureusement.» Mais comment? «La commission doit aller jusqu’au bout et faire des propositions à la hauteur des dégâts et des pratiques. Via des décrets qui seront mis en œuvre et appliqués.»


Mais sera-ce suffisant pour convaincre un électorat singulièrement «refroidi»? Le président du MOC en reste là et soulève un autre problème: «Le fractionnement de l’électorat: composer une coalition sera particulièrement difficile.»

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L’implantation du camp de réfugiés du Parc Maximilien et l’extraordinaire élan de solidarité qu’il a suscité démontrent la dichotomie entre une certaine classe politique qui jette de l’huile sur le feu en usant et abusant de petites phrases populistes et une mobilisation citoyenne spontanée qui va à rebours des sentiments colportés par certains sur les réseaux sociaux.


Avant tout, pourquoi ne pas couper les ailes à la désinformation ambiante qui circule sur ces mêmes réseaux sociaux et la plupart des forums de la presse en ligne ? Une désinformation amplifiée par le silence assourdissant de nos principaux responsables politiques qui, tétanisés, se refusent à crier haut et fort une vérité : celle des chiffres. Aujourd’hui, l’Europe accueille seulement 8 % des réfugiés dans le monde. Cela fait 1 refugié pour 1000 habitants. En Belgique, il y a un refugié pour 700 habitants. Au Liban, il y a 1 refugié pour 4 habitants. Au monde, les pays qui accueillent le plus de réfugiés sont le Pakistan, la Turquie, le Liban, la Jordanie,...  La peur d’être envahi par les réfugiés est donc irréaliste et ne constitue qu’un mythe.
Un autre mythe est à combattre : ce n’est pas la volonté de profiter de « conditions généreuses » qui poussent ces populations à prendre la route ou la mer. Non, c’est la survie. L’immense majorité de celles et ceux qui quittent leur maison, leur boulot, leur famille,… quitte des régions dévastées par la guerre et toutes les horreurs qui l’accompagnent (bombardements, pillages, exécutions, viols,…).
Il s’agit donc d’un devoir d’humanité que de répondre à cette détresse.

Mais au-delà de l’urgence, il est grand temps de construire, à tous les niveaux de pouvoir, une politique cohérente visant l’accueil et l’intégration à plus long terme.
Au cours des dernières années, l’Europe, pourtant impliquée de diverses manières dans l’origine de certains conflits, a, avant tout, cherché à fermer ses frontières.  Les conséquences ont été la prolifération de filières de « passeurs » qui ont trouvé là de juteuses opportunités, mais aussi et surtout, provoqué la mort de milliers de candidats à l’exil. La fermeture des frontières est la plus mauvaise des solutions. Au lieu de cela, il est impératif que chaque Etat de l’Union européenne applique à la lettre la Convention de Genève. Car aucun pays ne peut mener une politique efficace tout seul.
Une première piste de solution consiste simplement à activer une mesure déjà existante : la directive sur la protection subsidiaire qui consiste à mettre en place des dispositifs exceptionnels en cas d’arrivée massive de personnes ne pouvant rentrer dans leur pays.  Pour ensuite imaginer une juste répartition entre les Etats, il faut abroger les « critères du règlement Dublin » qui prévoient que le premier pays d’entrée devient celui qui est chargé d’examiner la demande d’asile. La création d’un statut uniforme pour les demandeurs d’asile dans toute l’Europe permettrait également de stopper une concurrence négative entre Etats dans l’accueil des réfugiés. Enfin, l’Europe doit également stopper le très coûteux système de « FRONTEX » qui veut transformer l’Europe en une forteresse, tout en cessant ses coups de ciseaux dans les budgets consacrés à l’Aide au développement.

En Belgique, ces dernières années, et tout spécialement depuis la mise en place du nouveau gouvernement fédéral, de nombreuses places d’accueil ont été supprimées.  Dans la même veine, les associations qui assurent l’encadrement des demandeurs d’asile grâce à un travail de terrain interdisciplinaire (service social, soutien psychologique, aide juridique à la procédure,…) ou spécialisé, ont vu leurs moyens diminuer drastiquement. Cette absence de vision est consternante. Car cette crise de l’asile était prévisible. Il est donc grand temps de renforcer les moyens de Fedasil, des associations qui assurent l’accueil, des CPAS (avec les Initiatives locales d’accueil) et d’utiliser toutes les infrastructures adéquates existantes. Il est également urgent de prévoir et d’appliquer un plan de répartition obligatoire sur l’ensemble du pays permettant l’implication de tous les niveaux de pouvoir, y compris les communes.


Pour conclure, il est essentiel de rappeler qu’une politique cohérente en matière d’asile ne peut se limiter à des solutions dans les périodes de crise. Il existe, chez nous, depuis des années des sans-papiers qui attendent légitimement un permis de séjour et de travail. Régulariser leur situation pour leur permettre un véritable envol sur le sol belge est une nécessité dans le cadre d’une politique d’asile et d’intégration efficace, rapide et équitable.

C’est ce volontarisme que l’on attend du gouvernement fédéral, mais aussi de chaque responsable politique, qu’il agisse au niveau communal, régional, communautaire ou européen. Pour ce faire, la première étape consiste à cesser de souffler sur les braises du populisme. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a fait un courageux premier pas en ce sens. C’est maintenant au Conseil des ministres européens qui se réunit ce lundi de lui emboîter le pas.


Christian Kunsch, président du MOC

Carte blanche parue le vendredi 11 septembre 2015 dans l'édition numérique du Soir

 

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Le MOC organise jeudi et vendredi sa semaine sociale. La coupole francophone du Mouvement ouvrier chrétien - parfois présenté comme le bras politique de la CSC, de la Mutualité chrétienne, de Vie féminine, de la Jeunesse ouvrière chrétienne et des Equipes populaires - a choisi cette année pour thème : la protection sociale. Un thème inscrit dans l’actualité politique. Pour Christian Kunsch, président du MOC, on est en train de "détricoter la Sécu".

Peut-on dire que le gouvernement actuel détricote la protection sociale ? Et ne fait-il pas la même chose que son prédécesseur.

Oui. La N-VA n’était peut-être pas dans le gouvernement précédent. Mais elle était derrière la porte. Son influence était grande. Or l’idéologie de ce parti, c’est de diminuer le rôle de l’Etat fédéral. C’est pour cela que l’on a eu la 6e réforme de l’Etat. Et que, pour la première fois en Belgique, on a scindé la sécurité sociale. Il y avait un calcul des autres partis flamands pour dire qu’il fallait réaliser une partie de la N-VA pour la contrer. C’était un mauvais calcul. Cela n’a pas empêché la N-VA de faire 30 % des voix.

La N-VA a combattu la réforme de l’Etat…

Parce qu’elle était alors dans l’opposition. Mais elle ne peut qu’être satisfaite par un début de scission de la sécurité sociale. C’est pourtant une erreur. On a scindé les allocations familiales et une partie des soins de santé. On va avoir quatre systèmes différents dans un pays qui compte onze millions d’habitants. C’est Kafka. Et puis, les matières ont été transférées sans la totalité des moyens. L’erreur que commettent les gouvernements régionaux, c’est de dire qu’il n’y aura pas d’impôts nouveaux à l’avenir.

Il faut augmenter les impôts régionaux ?

Si les Régions veulent maintenir la protection sociale à son niveau actuel, elles ne pourraient pas faire autrement. Les Wallons ont dit qu’ils allaient indexer les allocations familiales. Comment est-ce possible d’envisager cela avec des recettes moindres et sans réfléchir à de nouvelles recettes ?

Vous prétendez que le gouvernement actuel détricote la protection sociale. N’est-ce pas du discours syndical ? Le gouvernement actuel a augmenté l’enveloppe Bien-être permettant d’améliorer les plus petites allocations.

Si on met bout à bout toutes les petites mesures de restriction, on peut dire qu’il taille dans la protection sociale. La Belgique n’a a priori pas un problème financier. L’épargne est très élevée. Mais comment mobiliser cet argent ? Si les gens n’ont pas le sentiment qu’ils seront aidés en cas de coup dur, alors ils vont thésauriser. Il faut donc un Etat régulateur fort pour empêcher que des gens se retrouvent sans ressource.

Ces mesures ne sont-elles pas une nécessité ? La Belgique est l’un des pays où le travail est le plus taxé. Cela nuit à la compétitivité des entreprises.

C’est bien pour cela qu’il faut interpeller l’Europe. J’ajoute que les gens ne sont pas opposés aux impôts si on leur garantit une protection sociale efficace, une place en maison de repos quand ils ne seront plus autonomes, etc.

L’automne dernier, il y a eu une importante contestation sociale. Mais on a le sentiment que le mouvement s’essouffle.

Ce n’est pas simple. Les mesures tombent les unes après les autres. Les organisations syndicales n’arrivent plus à suivre. Elles n’ont pas fini de mobiliser sur un sujet que déjà une autre mesure est annoncée. On est parti pour trois-quatre années de mauvaises nouvelles (mais pas cinq parce que le gouvernement va sûrement multiplier les promesses dans la dernière année de son mandat). Dans les syndicats, on est divisé sur la stratégie. Soit on jette toutes ses forces dans la bataille. Soit on s’inscrit dans la durée. Ce n’est pas simple. Mais des citoyens se mobilisent également. La parade de Hart boven hard/Tout autre chose a mobilisé 20 000 personnes alors qu’il faisait un temps de chien.

La contestation s’étend ?

Il y a une contagion culturelle plus large que d’habitude. On voit des gens qui ne sont pas militants syndicaux et qui bougent. C’est intéressant. Même en Flandre où des artistes ont été très choqués par les mesures d’austérité imposées à leur secteur. Les gens se réveillent.

Faut-il ralentir le rythme de l’assainissement ?

En période de difficulté, ce serait une erreur d’y aller à marche forcée.


"La protection sociale est un outil de développement économique"



Pourquoi avoir choisi le thème de la protection sociale pour votre semaine sociale ?

C’est d’abord pour nous une manière d’entrer dans la campagne sur la protection sociale organisée à l’initiative du CNCD - 11.11.11. D’autres participants ont choisi une façon plus spectaculaire. Marc Goblet (FGTB), Jean-Pascal Labille (Mutualité socialiste) et Elio Di Rupo (PS) se sont lancés dans cette campagne de longue haleine pour ressouder l’action commune. Soit. Le plus important, c’est le thème de la campagne : la protection sociale, que nous souhaitons étendue à l’échelle mondiale. Elle est un outil de développement économique. En Belgique, 17 % de la population et 25 % à Bruxelles vivent sous le seuil de pauvreté. S’il n’y avait pas notre système de protection sociale, ils seraient deux fois plus nombreux. Pourquoi la Belgique a-t-elle pour l’instant mieux résisté à la crise que la plupart des pays européens ? Pour partie, grâce à la sécurité sociale. Il y a aussi des exemples à l’étranger. En Bolivie, par exemple, l’instauration d’un système de protection sociale digne de ce nom a permis de doubler le produit intérieur brut et de diminuer par deux la pauvreté en huit ans.

Comment mondialiser la protection sociale ? On est dans l’utopie, là ?

Plutôt que se faire une concurrence par le moins-disant, on pourrait commencer par réguler les accords commerciaux, en les assortissant d’une base sociale minimale comme un salaire décent, des conditions de travail sécurisées. On voit ce qui s’est passé au Bangladesh, à Dacca. Plus de 1 000 personnes sont mortes dans l’effondrement d’un immeuble mal sécurisé. Tout cela pour fabriquer à bas prix des vêtements bon marché que l’on portera en Europe. Le système est absurde.

L’imposition de clauses sociales n’est-il pas du protectionnisme qui ne dirait pas son nom ?

Non. Prenons la directive européenne sur le détachement des travailleurs. A cause de cette directive, des ouvriers portugais peuvent venir travailler sur des chantiers en Belgique aux conditions de leur pays d’origine. C’est une concurrence déloyale, la course aux moins-disants, qui exerce une forte pression sur notre protection sociale. Qui y gagne ? Une petite minorité seulement. Les autres y perdent. Est-ce le hasard si Comeos, la fédération patronale du commerce, se plaint d’une diminution de la consommation au moment même où on crée les flexi-jobs dans l’Horeca et on exclut par milliers les chômeurs ? Cette politique mène dans le mur.

Mais concrètement ?

On pourrait commencer à l’échelon européen. On devrait s’entendre sur un socle social minimum. L’Allemagne vient d’introduire le salaire minimum. Elle donne le ton. Dans le même temps, il faut refuser les traités ultralibéraux. Le TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement) réduirait la protection sociale. Alors que c’est justement l’inverse qu’il faut.

La concurrence et la levée des barrières n’ont-elles pas pour effet de doper la croissance ? Faut-il dès lors la contraindre avec des normes sociales ? N’est-ce pas grâce à la croissance que l’on peut financer la sécurité sociale ?

Nous ne sommes pas pour une croissance économique à tout prix, qui se ferait au détriment de la santé, de la sécurité. Prenons Uber. Voilà une société qui connaît une croissance phénoménale. C’est très tendance, basée sur une application smartphone. Mais quel type de croissance offre-t-elle ? Uber ne propose pas de contrat de travail, pas d’assujettissement à la sécurité sociale. Les travailleurs sont des clients. Ils signent une convention. Ils doivent s’assurer eux-mêmes. S’il y a un accident, qui va payer ? Il y a une redistribution très faible, peu d’emplois créés. On n’a pas besoin d’une croissance débridée.

 

Interview parue orginellement dans le quotidien La Libre, le 14 avril 2015.

 

La concertation sociale a repris à la fin décembre, «mais il reste à transformer l’essai», professe Christian Kunsch.

 


En ce début d’année, le Mouvement Ouvrier Chrétien évalue l’action des gouvernements. Il y décèle sept «péchés capitaux».

Le début d’année correspond à la «tournée des vœux» du président du MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien). Christian Kunsch va faire le tour des régionales, avec un sentiment mitigé. Car maintenant que «les exécutifs sont en place depuis plusieurs mois», il décèle «sept péchés capitaux», dans les propositions des divers gouvernements.

Ciblée, surtout, la «coalition tout à fait inusitée», au fédéral, «dont un partenaire, la N-VA, qui ne fait pas mystère de son intention de mettre sur la touche toute organisation intermédiaire entre le citoyen et l’État». En clair, «se passer des syndicats, des mutualités, des mouvements sociaux qui viennent interférer dans la politique qu’elle veut mener, alors que notre société est traversée par des mécanismes de concertation. Et que c’est cette concertation, justement, qui a permis à notre pays de supporter la crise relativement mieux que d’autres».

Pour vous, ce rejet de la concertation est le premier «péché capital». Mais le gouvernement reproche aux syndicats d’avoir lancé la contestation avant que ses mesures ne soient prises, et que la concertation ait pu démarrer…

Il ne se rend pas compte que dès que ses mesures ont été annoncées, la base sociale était très «chaude». Même à la CSC, de nombreux militants voulaient dès le départ partir à la grève au finish. Les syndicats ont canalisé ce mouvement. Alors que, dans le secteur de la santé, où le gouvernement a laissé se développer la concertation dans le cadre budgétaire qu’il avait fixé, un accord médico-mutuelliste a été conclu.

Mais le gouvernement ne proposait-il pas la même démarche sur ses propositions économiques et sociales?

Là, les options étaient prises, et elles vont toutes dans le même sens: l’effort n’est demandé qu’aux seuls travailleurs et allocataires sociaux. C’est inéquitable: en matière de fiscalité, il y a énormément d’argent à récupérer pour assurer le sacro-saint équilibre budgétaire qui, selon nous, est un paravent. C’est pourquoi, par exemple, le MOC propose l’instauration d’une cotisation sociale généralisée.

Franchement, un saut d’index quand l’inflation est proche de 0%, voire négative, ou le report progressif de l’âge de la retraite, à horizon de dix et de quinze ans, ce n’est pas gérable socialement?

Si l’on prend chaque mesure séparément, on peut avoir une opinion sur chacune d’entre elles. Mais c’est la tendance générale qu’il faut regarder. Elle ne va pas dans le bon sens: c’est en luttant contre les inégalités que se sont construites les sociétés les plus solidaires, qui distribuent le plus de bonheur.

Mais justement, tout en fin d’année, les partenaires sociaux se sont retrouvés, et ils ont dégagé un accord social, limité, approuvé par le gouvernement. Cette concertation doit reprendre en janvier: cela va dans votre sens, non?

Je parlerai plutôt de frémissement, mais il reste à transformer l’essai. Certains se sont rendu compte, au niveau gouvernemental, que le mouvement syndical ne va pas s’estomper. Et que s’il s’estompe, cela va reprendre de manière plus ponctuelle, moins contrôlée. À l’inverse, voyez ce qui a suivi l’accord médico-mutuelliste: son encre à peine séchée, certains ont mis en cause le fonctionnement des mutuelles!

ALLOCATAIRES: de la sécurité à l’assistance

Ce gouvernement «fait la chasse aux allocataires sociaux, analyse Christian Kunsch. Et ce faisant, il les fait basculer de la sécurité à l’assistance».

Cette chasse vise surtout les jeunes, «et les femmes qui sont 80% des allocataires, forment la majorité des travailleurs à temps partiel et celle des familles monoparentales». Or, rappelle le président du MOC, la Sécurité sociale, qui fête cette année ses 70 ans, «reste tout de même financée à 60% par les cotisations sociales».

PRECARITE: des inégalités croissantes

La société qui se dessine «n’a pas peur d’aller vers des inégalités croissantes», affirme Christian Kunsch. Des personnes «ont plutôt bien traversé la crise – la Bourse s’est même bien comportée en 2014 – tandis que de plus en plus de familles sont précarisées». En même temps que le gouvernement «annonçait un saut d’index, un ministre estimait que le plafonnement du salaire des  “top managers ” des entreprises publiques doit être levé». Le MOC, à l’inverse, prône «la solidarité et l’équité fiscale. Au risque d’apparaître ringard».

FORMATION: sauver le congé-éducation payé

Le niveau régional est aussi ciblé par Christian Kunsch. Pour défendre «le congé-éducation payé, car l’éducation permanente est un enjeu important». La sixième réforme de l’État a transféré ce congé-éducation aux entités fédérées. Fédération Wallonie-Bruxelles et Régions wallonne et bruxelloise doivent se concerter. «Mais comme sœur Anne, nous ne voyons rien venir: notre crainte, c’est qu’on cherche aussi à y réaliser des économies.» Par exemple en réservant le congé-éducation à des formations purement techniques?

FISCALITE: taxer au niveau indiqué

«Il y a de l’argent en Belgique, et il y a une difficulté à mobiliser l’argent pour la relance. Et ce n’est pas en annonçant des économies sur tout, ou en réduisant le pouvoir d’achat qu’on assurera cette relance»: il faut donc réajuster une fiscalité «inique», reprend le président du MOC.  Une réflexion sur un impôt sur la fortune est annoncée pour la rentrée, «et nous l’appelons de nos vœux». En sachant que «la Belgique n’est pas une île déserte». Et que, sur ce plan, il lui faudra peut-être relayer la proposition au niveau européen.

SERVICES PUBLICS: un régime amaigrissant

«Pour nous, c’est un dogme: en période de crise, l’action et les services publics peuvent aider à maintenir un niveau suffisant d’investissement et d’emploi.» Le président du MOC ne défend pourtant pas à tous crins les services publics, «mais regardez ce qu’on fait à la SNCB: durant la campagne électorale, on n’a pas cessé de dire qu’il fallait favoriser les transports en commun, mais le gouvernement lui impose une cure d’amaigrissement. Au niveau régional, c’est le non-remplacement d’agents qui est programmé: cherchez l’erreur».

IMMIGRATION: le rejet de l’autre

Un pas a été franchi, s’inquiète Christian Kunsch: «l’autre, l’étranger, l’immigré, qui n’était pas le bienvenu, est désormais considéré comme un délinquant en puissance».

Le sort réservé à ces demandeurs d’asile «est significatif de la philosophie de l’ensemble de notre société». Une société où «on segmente: on s’en prend un jour aux allocataires sociaux, un autre aux futurs pensionnés, ou aux immigrés». Alors que l’Europe «n’est pas le continent qui accueille le plus d’immigrés, et la Belgique n’est pas le pays qui en héberge le plus».

 

Interview parue lundi 12 janvier 2015 dans le quotidien L'Avenir par Philippe Leruth

 

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Pour la rentré, le Président du Mouvement Ouvrier Chrétien a choisi Le Soir pour exprimer son point de vue et son inquiètude sur la probable futur coalition de centre droit appelée communément " La Suédoise". Celui-ci y voit une fallacieuse nouvelle réforme de l'État qui ne dit pas son nom.

 

Pour lire l'interview complète, cliquez ici.

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