Cartes blanches

billetCarte blanche publiée dans Le Soir du 16 mai 2017 par un collectif de signataires dont le MOC. Savez-vous qui a dit : « La situation économique mondiale comprime les budgets des États. Le travail est bien souvent trop lourdement taxé par comparaison avec d’autres sources de revenus. Pour cette raison, la Belgique, avec 10 autres pays de l’Union européenne, souhaite élaborer un système pour taxer les transactions financières. Nous devons réussir à lever les obstacles techniques et politiques. C’est une question d’élémentaire équité. »


C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Charles Michel à la tribune des Nations Unies à New York le 23 septembre 2016.
La Taxe sur les transactions financières, ou TTF ou encore taxe Tobin, est une taxe à un taux infime (0,1 % pour les actions et 0,01 % pour les produits dérivés) dont devraient uniquement s’acquitter les opérateurs financiers.


Elle a deux avantages majeurs. Premièrement, rendre plus chers et donc décourager les investissements spéculatifs à court terme, y compris le trading à haute fréquence robotisé, qui n’apportent rien à l’économie réelle, et favoriser au contraire indirectement les investissements productifs à long terme.
Deuxièmement, il s’agit de produire de nouvelles rentrées budgétaires (plus de 22 milliards d’euros de recettes fiscales annuelles pour les 10 pays participants selon les dernières estimations de la Commission européenne). Ces nouvelles ressources publiques permettraient non seulement de financer les services publics et la coopération au développement, actuellement lourdement victimes des coupes budgétaires, mais aussi de remettre un peu d’équité dans le système fiscal. Et ce en faisant contribuer un secteur financier largement bénéficiaire des sauvetages aux frais des contribuables mais largement défiscalisé (le secteur financier est notamment totalement exempté de TVA).


D’ailleurs, une majorité de Belges est du même avis. Selon différents sondages, entre 56 et 61 % des Belges sont favorables à cette taxe.
Un partenaire peu accommodant


La Commission européenne a proposé une première directive en ce sens en 2011, mais s’est heurtée à l’écueil de l’unanimité des 28 États membres de l’UE, obligatoire en matière fiscale. C’est pourquoi, en 2013, 11 États membres de l’UE (Belgique, Allemagne, Estonie, qui a depuis laissé tomber ses partenaires, Grèce, Espagne, France, Italie, Autriche, Portugal, Slovénie et Slovaquie) ont décidé de contourner l’obstacle en lançant une procédure de « coopération renforcée ». Toutefois, pour que cette procédure de coopération renforcée fonctionne, il faut un minimum de 9 Etats membres.


La Belgique, n’a pas été le partenaire le plus accommodant dans cette longue négociation. Sous la pression des lobbys financiers, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt n’a eu de cesse de soulever de nouveaux arguments pour empêcher la conclusion de négociations.
Malgré la stratégie d’enlisement des négociations de M. Van Overtveldt, après plus de quatre ans de négociations, un texte final de directive est désormais prêt à être signé et à entrer en vigueur. Suite à la demande en ce sens de la Belgique, une clause d’opt-out nationale pour les fonds de pension est désormais prévue. Après avoir ainsi obtenu satisfaction, la Belgique ne peut plus décemment s’opposer à l’accord qui est sur la table.


Selon les déclarations du ministre des Finances autrichien Hans Jörg Schelling, président du groupe des 10 pays de la coopération renforcée, suite à la dernière réunion du groupe en mars, seuls 3 pays devaient encore donner leur accord final sur le dernier compromis qui a été négocié, à savoir la Slovénie, la Slovaquie et la Belgique. L’accord doit intervenir au plus tard pour la réunion du groupe des 10 programmée en marge de la réunion du Conseil Ecofon des 23 et 24 mai prochains.
Depuis, la Slovaquie a accepté de se rallier à l’accord.


Le gouvernement belge doit donner son feu vert et permettre ainsi enfin la création d’une taxe sur les transactions financières. Comme le disait si bien Charles Michel lui-même, « c’est une question d’élémentaire équité » !


Crédit Photo : Rémy Vincent.

Carte blanche du président du MOC, Christian Kunsch, parue dans le journal l'Echo du 12 mai 2017.

ChKVous vous trompez Monsieur Bacquelaine: contrairement à ce que vous laissez entendre ces dernières semaines, les organisations sociales du monde du travail accordent toujours une grande valeur au travail! Au travail dans l’emploi, tout comme aux activités hors emploi d’ailleurs.


Si un emploi permet bien de disposer d’un revenu professionnel, il ouvre aussi des droits en sécurité sociale comme le droit à une pension ou à des indemnités d’invalidité en cas de maladie. En outre, l’emploi peut grandement contribuer à se sentir utile à autrui et à nourrir le lien social.


Mais pour une partie importante des travailleurs (que vous semblez ignorer), l’emploi ne rime pas nécessairement avec épanouissement individuel et social! Il comporte des tâches pénibles qui ne se limitent pas aux seuls "métiers lourds" et peut s’exercer dans un environnement difficile. De plus, nous ne sommes pas égaux en matière de santé. L’âge auquel il serait préférable de réduire son temps de travail ou de prendre sa retraite pour préserver sa santé diffère d’une personne à l’autre compte tenu de ses tâches et de ses conditions de travail. On ne peut donc raisonner comme vous le faites, Monsieur Bacquelaine, c’est-à-dire sur la seule base d’une moyenne d’espérance de vie en bonne santé.


De manière générale, la pression au travail ne fait qu’augmenter dans un contexte de forte concurrence et d’austérité budgétaire, entraînant une souffrance au travail pour de nombreux travailleurs. Une souffrance qui touche aussi celles et ceux qui sont privés d’emploi. C’est d’ailleurs aussi ce chômage massif qui justifie l’opposition des gens à l’allongement forcé des carrières, voyant bien que nombreux sont les jeunes qui ont de plus en plus de mal à trouver un emploi décent et durable.


Sachez également que les prépensions ne résultent pas de la supposée préférence de la gauche pour se délivrer le plus tôt possible de l’emploi. Elles servent le plus souvent à limiter la casse sociale des restructurations et fermetures qui sont de plus en plus souvent motivées par la maximisation du profit et des dividendes versés aux actionnaires. Vous attribuez à tort le manque de remplacement des prépensionnés par des jeunes à l’inadéquation des qualifications et au décrochage scolaire... alors même que les jeunes sont toujours plus nombreux à être surqualifiés par rapport aux emplois offerts.


Comme vous, nous ne sommes pas d’accord d’"éjecter" les plus de 50 ans, Monsieur Bacquelaine, car ce n’est pas ce qu’ils veulent... Mais nous ne sommes pas non plus d’accord avec la suppression des possibilités de crédit-temps à partir de 55 ans alors que vous retardez la faculté de prendre une pension anticipée et reculez l’âge de la retraite. Nous pensons qu’avec vos mesures, de plus en plus de travailleurs termineront leur carrière en invalidité ou au chômage et subiront une réduction de leur durée de vie restante en bonne santé.


Pour ces différentes raisons, mais aussi parce l’épanouissement de chacun se trouve aussi hors du cadre de l’emploi, il est nécessaire de remettre sur la table des négociations, la réduction collective du temps de travail sous différentes formes et à différents âges de la vie! Car nous voulons partager le travail, pour en finir avec ce chômage massif qui précarise tous les travailleurs! Nous ne voulons pas vivre pour travailler, mais travailler tous, pour vivre mieux.
Votre sublimation du travail ignore tous ceux qui sont exploités dans des "jobs" précaires de plus en plus nombreux, confinés dans des emplois à temps partiel contre leur gré ou soumis à des conditions de travail provoquant des dégâts physiques et des burn-out. Vos louanges au travail vous servent à justifier la réduction des pensions des chômeurs, des invalides et de ceux qui prennent un crédit-temps en fin de carrière ainsi qu’à faire passer en force un système de pension à points qui rendrait incertain, pour chaque citoyen, le montant de la pension à venir.


Pour vous, le travail rend libre, par le seul revenu qu’il procure, fût-il un travail contraignant et contraint par vos mesures qui visent à prester plus longtemps.
Pour nous, mouvement social, la liberté doit se conquérir dans l’emploi lui-même, mais aussi par la réduction du temps de travail, en faisant en sorte que chacun puisse être respecté et promu comme acteur de son projet professionnel et de vie.

photo ecoleUne carte de blanche de la Plateforme de lutte contre l'échec scolaire à laquelle le MOC appartient.  La concurrence entre établissements de réseaux différents représente une source de discriminations entre les élèves. En dépit des apparences, le Pacte d’excellence pourrait offrir une opportunité de s’attaquer à ce problème en attribuant les compétences nécessaires aux directeurs de zone et aux délégués aux contrats d’objectifs.


Lors de l’Appel à refondation de l’Ecole présenté en 2014 par différents acteurs associatifs, syndicaux et académiques, les signataires énuméraient différents freins à la réalisation des objectifs souhaitables de l’enseignement, selon eux. Parmi ces freins, on retrouve l’existence d’un marché scolaire. Celui-ci est en effet source de discriminations de divers ordres puisque tous les parents ne disposent pas des mêmes outils pour « déambuler » sur ce marché. S’attaquer aux inégalités scolaires impose donc de prendre à bras-le-corps la question de la concurrence entre établissements puisque celle-ci représente un élément important du marché scolaire.


Le Pacte pour un enseignement d’excellence apporte-t-il une réponse à cette question ? De nombreux analystes estiment que s’il y a bien un domaine à propos duquel le Pacte est discret, c’est celui-là. En effet, au-delà des intentions, on ne trouve guère de mesure opérationnelle.


Pourtant, à bien y regarder, dans le cadre de la contractualisation des relations entre les établissements et l’autorité centrale, la mise en place des DCO (délégués aux contrats d’objectifs) est prévue par le Pacte et pourrait être un pas important dans la bonne direction. Attention, nous employons bien le conditionnel. Leur rôle pourrait très bien ne pas se limiter à la validation et à l’évaluation des plans de pilotage de chaque école.


Le texte du Pacte semble aller dans ce sens puisqu’il prévoit que « l’autorité centrale peut aussi fixer des objectifs propres aux établissements d’une zone géographique ». Et que « le dispositif doit assurer des modes de collaboration et de partenariat entre établissements d’une même zone géographique au sein d’un réseau et entre réseaux ». Enfin, « cela suppose que la coordination interréseaux entre établissements d’une même zone soit assurée par une autorité ». Cette autorité devrait être le directeur de zone, c’est-à-dire le responsable de la coordination des DCO d’une zone. Il est prévu que « cette autorité veille notamment à la mise en œuvre effective des objectifs fixés par l’autorité publique pour la zone concernée ».


Pourquoi les objectifs fixés ne pourraient-ils pas contenir la lutte contre la concurrence ? Si ça devait faire partie de la mission du directeur de zone et des DCO, ceux-ci pourraient jouer un rôle intéressant. A cette fin, ils devraient être investis d’un certain pouvoir dans le cadre des relations entre l’ensemble des établissements dont ils ont la charge. Pour le dire clairement, un directeur de zone et ses DCO devraient, par exemple, pouvoir agir sur l’offre éducative au-delà du tronc commun. On observe encore trop souvent que des écoles proposent des options, des orientations techniques ou professionnelles identiques alors qu’elles sont parfois à 100 m l’une de l’autre. Tout ça – mais pas seulement – parce qu’elles émanent de réseaux différents. De telles situations sont sources de gaspillages et d’affaiblissements mutuels. Les responsables d’une zone pourraient donc jouer un rôle fondamental pour résoudre ces problèmes.


Une bonne coordination interréseaux ne pourrait-elle pas consister aussi à favoriser – dans le dialogue et hors de toute précipitation – la spécialisation de certains établissements vers le tronc commun et d’autres vers les filières préparatoires au supérieur et/ou qualifiantes ? Cela permettrait à la fois de diminuer la pression concurrentielle et de répondre à la volonté de séparer géographiquement « des établissements du tronc commun de ceux qui accueillent les années suivantes (...) afin d’éviter la «présélection» des élèves entrant dans le premier degré en fonction de l’offre de formation au-delà du tronc commun ».


On le voit, des avancées sont possibles. Pour maintenir la confiance de ceux qui placent beaucoup d’espoir dans le Pacte, il faut doter les directeurs de zone et DCO de l’autorité suffisante. Or, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, on ne peut que regretter l’ambiguïté du texte. Elle ne peut qu’affaiblir et rendre bien flous les objectifs affichés. Une expression telle que : « ... l’offre d’enseignement qualifiant d’abord fondé sur l’initiative des établissements » ne peut que doucher les enthousiasmes. On comprend bien que, dans ce domaine, des attentes divergentes sont en présence.


L’autorité publique doit prendre ses responsabilités ! On ne pourra pas donner à notre système éducatif le coup de fouet dont il a besoin pour réduire les inégalités sans s’attaquer au marché scolaire.


Les cosignataires : Bernard Delvaux, Tout Autre Ecole ; Chantal Massaer, directrice d’Infor Jeunes Laeken ; Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté ; Delphine Chabert, secrétaire politique de la Ligue des familles ; Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-enseignement ; Fred Mawet, secrétaire générale de CGé ; Frédéric Ligot, secrétaire politique du MOC ; Jean-Pierre Kerckhofs, président de l’Aped ; Joan Lismont, président du SEL-Setca ; Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la Fapeo ; Joseph Thonon, président de la CGSP-enseignement ; Stéphanie Demoulin, administratrice déléguée de la Fédération francophone des écoles de devoirs ; Sylvie Pinchart, directrice de Lire&Ecrire C.F.

Image 7 avril FR

 

 Ce vendredi, Journée Mondiale de la Santé, nous nous mobilisons dans toute l'Europe contre la privatisation et la commercialisation de la santé.

A Bruxelles, nous nous rassemblerons dès 11h à la Tour des Finances pour une activité ludique et visuelle dont l'objectif est de mettre en lumière les dynamiques nationales et européennes à l’œuvre et qui menacent la santé de nos populations.
A 14h, une table-ronde abordera l'impact des ces politiques sur les conditions de travail des professionnels de santé (Avenue Roi Albert II no.5, pièce jointe). Pas d'obligation d'inscription.

Nous proposons à tout le monde de montrer son soutien en faisant pendre un drap blanc à sa fenêtre avec un message contre la commercialisation de la santé.

Aidez-nous à renforcer l'impact de cette journée d'action importante !

    Partagez l'événement facebook !
    Diffusez l'appel à l'action draps blancs en pièce jointe !
    Utilisez le hashtag #health4all dans toutes vos communications
    Partager la carte de toutes les actions en Europe
  

Regarder et diffuser la vidéo de mobilisation :

 


     https://youtu.be/cQ4Ojsgo9nw

 

 

Ensemble, nous devons stopper la marchandisation de la santé !

Veuillez trouvez le programme complet de la journe en cliquant ici .

 

RWADE logo cmyk 2Carte blanche rédigée à l’initiative du RWADE et parue dans le journal Le Soir.

 

A l’occasion de la Journée mondiale de la santé, le 7 avril, différents acteurs du secteur social plaident pour le déploiement d’un plan de soutien à la rénovation énergétique des logements en Wallonie.

 

Notre région fait face à de multiples enjeux liés au logement – disponibilité d’une offre suffisante, accessibilité financière, offre de logements sociaux, etc. La question de l’efficacité énergétique prend également sa place à l’agenda politique : la réduction de la consommation énergétique des logements wallons, dont 70 % ont été construits avant 1970, est indispensable pour faire face aux enjeux des changements climatiques et d’autonomie énergétique, et à la lutte contre la pauvreté.


Des conséquences pathologiques


Si nous devons faire face collectivement à ces défis, nous ne sommes pas tous impactés de la même manière. Les personnes qui habitent des logements vétustes, mal isolés, disposent parfois à peine des moyens suffisants pour honorer leur facture d’énergie – quand ils ne doivent pas se priver pour arriver à nouer les deux bouts. Ne parlons même pas d’envisager, dans ces conditions, la réalisation de travaux de rénovation énergétique. De plus, étant bien souvent locataires, elles n’ont que peu de prise sur le logement. Ce « mal logement » n’impacte pas uniquement les factures énergétiques de ses habitants. Vivre dans une maison mal chauffée, présentant de l’humidité ou des moisissures, a également des conséquences sur la santé des habitants. Maladies respiratoires, cardiovasculaires, mentales sont autant de risques pathologiques qui ont été liés à la précarité énergétique. Si les deux premières catégories semblent assez logiques, la dernière peut découler de l’anxiété générée par l’inquiétude de ne pas être en mesure de payer la facture, l’isolement (on n’invite pas des amis chez soi quand il fait froid).


Des inégalités aggravées


Au-delà de ces impacts sur la santé des personnes, il est indispensable d’en aborder également d’autres, plus diffus mais tout aussi réels : les traitements médicaux, les hospitalisations, qui impactent la sécurité sociale, l’absence à l’école, l’impact sur les capacités d’apprentissage, qui auront une incidence sur tout le parcours de vie de l’enfant ; l’absence au travail, ou les opportunités ratées du fait d’un mauvais état de santé ; le manque de bien-être, tout simplement. Autant de facteurs qui aggravent les inégalités dès le plus jeune âge et tout au long de la vie.


Un cadastre indispensable


Divers plans et programmes wallons prévoient un panel d’actions visant à améliorer la qualité du logement, avec un regard spécifique sur la question de l’efficacité énergétique. Citons le Plan wallon de lutte contre la pauvreté, coordonné par le Ministre-Président, l’Alliance Emploi Environnement recentrée, ou encore la Stratégie de rénovation énergétique qui est en cours d’adoption, répondant aux exigences de la directive européenne sur l’efficacité énergétique. Dans sa version préliminaire, cette stratégie prévoyait le maintien des primes et prêts existants pour soutenir la rénovation énergétique, avec des montants plus élevés pour les ménages à revenus modestes. Mais ces interventions restent trop peu connues des publics susceptibles d’en bénéficier et, surtout, sont insuffisantes. Pour faire face aux enjeux sociaux, sanitaires et environnementaux générés par les logements vétustes, il est indispensable que la Région envisage de prendre en charge la rénovation des logements délabrés dont les propriétaires ne disposent pas des moyens suffisants pour assurer la rénovation. Mais pour pouvoir être concrétisées, il sera nécessaire de prioriser les interventions – et donc de disposer d’un cadastre du logement pour identifier les logements sur lesquels intervenir prioritairement – de renforcer la communication et de renverser le sens du déplacement : les services d’accompagnement doivent autant que possible aller sur le terrain « chercher » les personnes en difficulté (en développant pour ce faire une stratégie d’approche) et leur proposer une aide adéquate dans leurs démarches de rénovation.


Désobéir à l’UE, un mal peut-être nécessaire


A n’en pas douter, en cette période d’austérité budgétaire, la question du financement d’une telle mesure va poser problème. Nous souhaitons attirer l’attention sur trois points d’importance. A court terme, il convient urgemment d’utiliser les 40 millions d’euros issus de la mise aux enchères des quotas CO2, tel que prévu par la Déclaration de politique régionale. Ensuite, si l’on se penche sur l’ensemble des coûts pour la société générés par la précarité énergétique et le mal logement, le calcul est vite fait. L’institut Eurofound s’est ainsi essayé à l’exercice, et a publié une analyse en 2016 sur les coûts du mal logement ainsi que sur les bénéfices directs et indirects pour les soins de santé en cas de rénovation de ces logements. La conclusion est sans appel : les bénéfices dépassent, et de loin, les montants nécessaires pour la réalisation des travaux, et sans compter les retombées économiques. L’étude estime qu’en moins de 3 ans, les économies réalisées dans les soins de santé « équilibreraient » le coût des travaux de la rénovation de plus de 10 % des logements les plus inefficaces. Soit plus de 500.000 logements en Belgique ! Le troisième facteur est la nécessité de sortir ces investissements du périmètre de la dette, quitte à désobéir à l’Union européenne – dans son intérêt et celui de ses citoyens.


L’amplification du soutien apporté aux familles qui vivent dans des logements vétustes se concrétisera par une réduction de la facture énergétique, une amélioration de leur santé, une réduction des coûts de soins de santé. Elle permettrait également de rendre effective la place du logement comme outil fondamental d’équité et d’inclusion de tous. L’investissement massif dans la rénovation des logements générera une plus-value indéniable – et ce bien au-delà des économies de soins de santé, ou de réaffirmer la volonté d’un logement sain pour tous.


Les signataires : Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB Wallonne ; Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris ; Marc Becker, secrétaire national de la CSC Wallonne ; Jean Hermesse, secrétaire général de la Mutualité Chrétienne ; Christian Kunsch, président du Mouvement Ouvrier Chrétien ; Christine Steinbach, présidente des Equipes populaires ; Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté ; Etienne Cleda, directeur d’Empreintes ASBL ; Julien Galland, coordinateur de l’ASBL Revert ; Aurélie Ciuti, coordinatrice du RWADE ; La Fédération des services sociaux ; Inter Environnement Wallonie ; Le Réseau IDée ; Le Miroir Vagabond ; Solidarités nouvelles.

Campagne logo2Carte blanche de la Plateforme de lutte contre le racisme et les discriminations parue dans La Libre Belgique du 18 mars 2017.

 

L’austérité, les attentats terroristes, la crise des politiques migratoires et la montée des discours populistes favorisent les replis identitaires, ainsi que l’expression d’un racisme décomplexé de la part d’une partie de la population et de la classe politique. La peur (bien légitime) de la violence internationale est instrumentalisée et divise la population. Ce contexte rend le discours antiraciste quasi inaudible. Entre-temps, l’attention est détournée des enjeux économiques et sociaux, des mesures d’austérité qui précarisent les travailleurs et qui créent une société de plus en plus inégale.

 

Les replis identitaires se construisent sur un ensemble de peurs savamment exploitées. L’accroissement des inégalités, la désaffiliation et la perte de confiance dans les institutions politiques en sont des causes majeures. Dans un tel climat, la tentation est en effet forte de se replier sur soi et de stigmatiser l’autre.

 

Il y a urgence

 

L’assignation identitaire, c’est la réduction d’une personne à l’une de ses caractéristiques ou appartenances, réelles ou supposées. Elle est le cœur même des idéologies racistes. Pourtant, les identités de chaque personne (qui se rapportent à ses origines, groupes linguistiques, genre, âge, classe sociale, statut socioprofessionnel, famille, préférences sexuelles, engagements, convictions…) sont multiples et évolutives et composent un être unique.

 

Le regard raciste catégorise, généralise et enferme les individus au sein d’un groupe fantasmé. En opérant un classement entre "eux" et "nous", le racisme justifie des "avantages" pour les uns et des "désavantages" pour les autres, et légitime ainsi un système discriminatoire. Le racisme se développe fréquemment dans des contextes de rupture des liens sociaux et remplace les liens de solidarité par des liens mythiques, évoqués dans des récits de type nationaliste.

 

L’urgence est de réinventer des moyens pour préserver et pour renforcer ces liens de solidarité qui sont au fondement de notre vivre ensemble. Ces liens se concrétisent notamment par une sécurité sociale qui protège les droits fondamentaux de chaque personne - dont celui d’accéder à un niveau de vie décent basé sur un principe d’égalité, quels que soient notamment son origine, son âge ou son état de santé.

 

Le rôle de l’Etat est en ce sens primordial. Et le rôle des mouvements citoyens, qui militent pour le respect des droits fondamentaux, est essentiel pour l’existence d’une véritable démocratie. C’est pourquoi il est nécessaire d’encourager les initiatives pour le développement d’une société plus égalitaire, plus libre, plus solidaire, et qui visent à déconstruire l’imaginaire raciste dans les entreprises, à l’école, dans les médias, dans la vie associative.

 

Le travail de la plateforme de lutte contre le racisme et les discriminations se situe au cœur des grands enjeux induits par les mutations de notre monde contemporain. Face au repli, à l’assignation identitaire et au racisme, des associations se mobilisent. Elles tentent de construire un nouveau récit commun, égalitaire et émancipateur, qui transcende nos identités multiples et variées dans une solidarité collective, et qui réaffirme par la même occasion l’importance de l’ouverture au monde et aux migrations.

 

Luttons ensemble

 

Nous, organisations de lutte contre le racisme, voulons, à la veille de la première commémoration douloureuse des attentats de Bruxelles et à l’occasion du 21 mars (la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale), rappeler l’importance de développer dans tous les domaines cette culture d’ouverture et de solidarité. Nous appelons les forces vives du pays à préserver la démocratie des dangers du racisme, en combattant l’instrumentalisation de la peur et la propagation de la haine, et en participant à l’édification d’une société plus égalitaire.

 

C’est pourquoi nous invitons les citoyens, les politiques, le monde associatif, les syndicats, les employeurs à dépasser leurs divergences de vue, pour lutter ensemble contre le racisme et les discriminations, en y associant les personnes et les associations directement concernées par cette lutte, et avec la ferme volonté de donner un nouvel élan à la lutte contre le racisme.

 

 

Voici la liste des 46 associations signataires : 2bouts, ADDE Association pour le droit des étrangers, Almouwatin Radio et TV, Amnesty International Belgique francophone, AWSA-Be (Arab Women’s Solidarity Association - Belgium), BePax, CAI (Centre d’action interculturelle de la Province de Namur), CAL Centre d’action laïque, CAL-Liège, Carrefour des cultures, CBAI (Centre bruxellois d’action interculturelle), CCLJ (Centre communautaire laïque juif), Cefoc Centre de formation Cardijn, Cemea (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active), Centre de médiation des gens du voyage, Cepag (Centre d’éducation populaire André Genot), Ceraic (Centre régional d’action interculturelle du Centre - La Louvière), CFS (Collectif formation société), CGSLB Bruxelles (Syndicat libéral), CIMB (Centre interculturel de Mons et du Borinage), Cire (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), CNAPD (Coordination nationale d’action pour la paix et la démocratie), CNCD-11.11.11, CRIBW (Centre régional d’intégration du Brabant wallon), Cric (Centre régional d’intégration de Charleroi), CRVI Centre régional de Verviers pour l’intégration, CSC Bruxelles, CSC Confédération des syndicats chrétiens, CSC-Enseignement, FGTB Fédération générale du travail de Belgique - Bruxelles, FGTB wallonne, Le Centre Avec, Le Monde des possibles, Les Scouts, Les Territoires de la mémoire ASBL, Ligue des droits de l’enfant, Ligue des droits de l’homme, Lire et Ecrire, Maison de la laïcité de la Louvière, Media Animation, MOC (Mouvement ouvrier chrétien), Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), Objectifs, PAC (Présence et action culturelles), Sel-Setca, Sireas.

UN PhotoCarte blanche d'un collectif de signataires, dont le MOC, parue dans Le Soir du lundi 6 mars.

 

La politique environnementale mise en place par Donald Trump, sous prétexte de relancer l’emploi américain, balaye toutes les mises en garde face au réchauffement climatique. Une mobilisation pour l’avenir de notre planète s’impose.

 

Dès le début de son mandat, Donald Trump a concrétisé ses attaques contre la protection de l’environnement et du climat. La personne désignée par Trump pour diriger l’Environmental Protection Agency (l’agence de protection de l’environnement), Scott Pruitt, a consacré l’essentiel de sa carrière à combattre l’Agence qu’il est maintenant appelé à piloter. C’est le renard dans le poulailler, mais il n’est pas seul : toute l’équipe du nouveau président est truffée de semeurs de confusion climatique liés aux secteurs des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz…).


Le nouveau président des Etats-Unis a relancé la construction des pipelines Keystone XL et Dakota Access, dont la mobilisation sociale avait imposé l’arrêt, parfois au prix de luttes acharnées. De plus, Donald Trump a promis d’abolir les dispositions en faveur de l’efficience énergétique des moteurs automobiles et d’examiner favorablement toutes les conditions que les constructeurs mettraient à la relance de leurs investissements aux Etats-Unis.


Alors que nous sommes au bord d’un basculement climatique irréversible, alors que l’accumulation des richesses n’a jamais été aussi grande et aussi inégalitaire, alors qu’une politique écologique et sociale devrait partager le travail et donner un revenu décent à tous et toutes, la protection de l’emploi sert de prétexte pour une politique insensée de soutien aux énergies fossiles.


Les redoutables conséquences sociales et écologiques de cette politique ne font pas hésiter le nouveau président. Sa totale irrationalité non plus. Au contraire : le programme de recherche de la Nasa sur le changement climatique est dans le collimateur. Et, afin de faire taire les alertes, les chercheurs/euses dépendant de budgets fédéraux se voient totalement interdit(e)(s) de communiquer directement leurs recherches au grand public, de quelque manière que ce soit. Quand le message ne lui plaît pas, Donald Trump bâillonne le messager !


Nous tirons la sonnette d’alarme. La seule économie digne de notre espèce est celle qui commande de prendre prudemment soin de la Terre pour assurer à tous ses habitants et ses écosystèmes les meilleures conditions d’existence. Or, celles-ci sont menacées par l‘économie du pillage des ressources et du saccage de la planète, par la concurrence pour le profit immédiat et maximum.


Nous sommes tous et toutes concernés. L’avenir de la planète, notre avenir, celui de nos enfants, sont en jeu.


C’est le moment d’entrer en résistance. Aux Etats-Unis, dans le sillage de l’énorme succès de la Marche des Femmes, deux marches sont organisées : pour les sciences le 22 avril, pour le climat le 29 avril. Nous soussigné(e)(s), scientifiques et activistes sociaux, nous rassemblerons à Bruxelles le 22 avril, jour de la Terre, en solidarité avec nos collègues et ami(e)(s) des Etats-Unis


Non au déni climatique.


Laissons les fossiles dans le sol.


Changeons le système, pas le climat.


Respect Women. Respect People. Respect the Earth.

 


Signataires : Mateo Alaluf, sociologue, ULB ; Philippe Baret, professeur Agro-Louvain, UCL ; Léon Brenig, physicien, professeur émérite de l’ULB ; Antoinette Brouyaux, Associations 21 ; Marijke Colle, écoféministe ; Thibaut Demeulemeester, biologiste, Climat et Justice Sociale ; Vinciane Despret, ULg ; Marie-Soleil Frère, maître de recherche FNRS/ULB ; François Gemenne, directeur de l’Observatoire Hugo, ULg ; Pierre Gillis, physicien, professeur, UMons ; Jean-Claude Grégoire, agronome, professeur, ULB ; Christian Kunsch, président du MOC ; Pauline Lefèbvre, Lutte Solidarité Travail ; Jacinthe Mazzocchetti, anthropologue, professeure à l’UCL ; Marc Mormont, sociologue, professeur émérite de l’ULg ; Pierre Ozer, Observatoire Hugo, ULg ; Lidia Rodriguez Prieto, Le Monde Selon les Femmes ; Sarah Schlitz, coprésidente de la coalition climat ; Christophe Schoune, secrétaire général d’Inter Environnement Wallonie ; Isabelle Stengers, philosophe, professeure émérite de l’ULB ; Marcelle Stroobants, sociologue du travail, professeure, ULB ; Daniel Tanuro, agronome écosocialiste, Climat et Justice Sociale ; Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, professeur à l’UCL ; Jean Vogel, directeur du Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches de l’ULB ; Laurent Vogel, chercheur à l’Institut syndical européen ; Grégoire Wallenborn, docteur en sciences, Climat et Justice Sociale.

 

Lire la version parue dans Le Soir

 

 

Copyright JaimebisbalCarte blanche d'un collectif de signataires, dont Christian Kunsch, président du MOC, parue dans Le Soir.

Ce jeudi 9 février, la « loi Peeters » sur la réorganisation des carrières devrait être adoptée à la Chambre en plénière. 60 personnes du monde académique, associatif et syndical signent cet appel pour un autre projet de société.

 

Le chômage et les burn-out explosent. Entre celles et ceux qui travaillent trop et d’autres qui cherchent un travail, les signataires de cet appel sont convaincus qu’une meilleure répartition du temps de travail est possible. Elle est porteuse d’un tout autre projet de société, d’une émancipation laissant place à plus de temps pour soi et les autres, pour se mobiliser, pour s’épanouir. Quelle qu’en soit la forme, elle doit garantir le maintien du salaire et une embauche compensatoire sans accélération des cadences.

 

L’heure est venue de reprendre le mouvement historique de la réduction collective du temps de travail (RCTT) en osant aller à l’encontre du discours dominant laissant croire que l’allongement du temps de travail est inéluctable (projet de loi Peeters, âge de la retraite à 67 ans, etc.) ! C’est l’objectif de cet appel lancé par des citoyens, indépendamment de tout parti politique, pour remettre cet enjeu essentiel au cœur du débat de société.

Relançons le mouvement sur www.travaillermoinsvivremieux.be !

 

Le travail produit cinq fois plus : qui en profite ?

 

Grâce aux technologies et à l’amélioration du niveau de qualification des travailleurs, la productivité a été multipliée par 5 en 50 ans (1). Pour produire autant de richesse, il faut donc 5 fois moins d’heures de travail, tous secteurs confondus. Du jamais vu ! Mais qui a capté ces gains de productivité accrus : les entreprises, les actionnaires, l’Etat ou les travailleurs ?

 

Les « trente glorieuses » (1945-1975) ont été marquées par une forte croissance économique et l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre grâce à la RCTT, au développement de la sécurité sociale, à l’amélioration des services publics et à l’augmentation des salaires.

 

Mais, à partir des années 80, les gains de productivité ont été principalement captés par les actionnaires de grands groupes, un phénomène aggravé par une concurrence internationale exacerbée par la multiplication des accords de libre-échange. Cela a abouti à une précarisation des travailleurs salariés et indépendants, une explosion du chômage et du temps partiel non choisi, et un détricotage des conquêtes sociales.

 

Une société déprimée : pas d’alternative ?

 

En Belgique, sur ces 50 dernières années, le chômage a été multiplié par quatre (2) ! Parallèlement, les cadences ainsi que le stress au travail n’ont cessé d’augmenter. Près d’un travailleur sur quatre ressent du stress excessif au travail. Près d’un sur dix souffre de burn-out. En 2016, pour la première fois, les dépenses d’invalidité au travail ont dépassé le budget des allocations de chômage. Et tout ça alors qu’on n’a jamais produit autant qu’aujourd’hui et que les profits n’ont jamais été aussi élevés. Le problème n’est donc pas comment produire plus, mais comment répartir mieux.

 

Devons-nous accepter que nos conditions de vie se dégradent davantage sous prétexte d’une concurrence internationale féroce présentée comme une fatalité ? Ne pouvons-nous pas construire une tout autre société ?

 

Un projet de société

 

Si elle n’est pas, seule, « la » solution miracle à nos problèmes socio-économiques, la RCTT est une mesure permettant de s’attaquer sérieusement à plusieurs injustices sociales : créer des emplois de qualité en enrayant le chômage de masse, améliorer la qualité de vie en limitant la place qu’occupe le travail, rééquilibrer le partage des richesses concentrées dans les mains des actionnaires et permettre davantage aux femmes d’accéder à des temps pleins et aux droits qui y sont liés (chômage et pension). En travaillant moins, nous pourrions vivre mieux et travailler tous. Et puisque le modèle de création d’emplois basé sur la croissance économique est à bout de souffle et ne pourra plus répondre aux défis de demain, puisque le volume total d’heures de travail disponibles n’augmentera plus significativement, la principale solution d’avenir est de partager ces heures plus équitablement.

 

Cela semble impossible ? Pourtant, nous l’avons déjà fait à grande échelle depuis plus d’un siècle. Des RCTT ont déjà été obtenues par des luttes sociales à travers l’Europe au cours des 19e et 20e siècles. En Belgique, nous sommes passés de 84h par semaine en 1890 à 38h en 2003 (3).

 

Cette idée a aussi été concrétisée récemment dans d’autres pays comme la Suède, la France et dans certaines entreprises allemandes. En France, une loi encadrant l’expérimentation a permis à plus de 400 entreprises de mettre en place diverses formes de RCTT dont la semaine de 32h en 4 jours. Ces entreprises de tailles et de secteurs très différents ont pris le temps de se réorganiser et de former, créant ainsi des milliers d’emplois ! Cela n’a pas entraîné de délocalisation, épouvantail pourtant régulièrement agité par les opposants à la RCTT dont on peut se demander si l’objectif réel n’est pas de maintenir les travailleurs sous pression en agitant le spectre du chômage. Bien sûr ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, qui a le mérite de démontrer la faisabilité concrète de la mesure.

 

Il existe plusieurs modèles de réduction collective du temps de travail, plus ou moins ambitieux, mettant plus ou moins à contribution les travailleurs, l’Etat ou les actionnaires. Plus notre mobilisation sociale et politique sera massive, plus le nouveau partage du travail que nous construirons sera juste. La remise à l’agenda de cette question est cruciale et urgente. Il est plus que temps de redonner une bouffée d’oxygène à l’ensemble de nos concitoyens, qu’ils soient travailleurs avec ou sans emploi, jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes !

 

Signataires : Adam Amir, président du Cercle du Libre Examen de l’ULB ; Anne Dufresne, chercheuse au GRESEA ; Anne-Françoise Theunissen, militante féministe ; Arnaud Lévêque, GT Travail digne de Tout Autre Chose ; Arnaud Lismond, secrétaire général du Collectif Solidarité contre l’exclusion ASBL ; Bruno Bauraind, secrétaire général du GRESEA ; Carmen Castellano, secrétaire générale des FPS ; Christian Kunsch, président du MOC ; Christine Kulakowski, directrice du CBAI ; Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté ; Christine Pagnoulle, ATTAC Wallonie-Bruxelles ; Christine Steinbach, Equipes populaires ; Delphine Houba, membre du GT Partage du temps de travail du Collectif Roosevelt.BE ; Dietlinde Oppalfens, coordinateur Curieus Brussel (Beleidsmedewerker Curieus Nationaal) ; Dominique Surleau, secrétaire générale de Présence et Action Culturelles ; Dominique Vermeiren, ancien président du Cercle du Libre Examen de l’ULB ; Eric Goeman, porte-parole d’ATTAC Vlaanderen ; Esteban Martinez, professeur à l’ULB ; Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE ; Fred Mawet, secrétaire générale du CGé ; Geoffrey Guéritte, ancien président du Cercle du Libre Examen de l’ULB ; Gérard Valenduc, professeur invité à l’UCL et UNamur ; Henri Goldman, rédacteur en chef de la Revue Politique ; Jan Buelens, professeur à l’Universiteit Antwerpen et avocat à Progress Lawyers Network ; Jean Blairon, directeur de l’ASBL RTA ; Jean Cornil, essayiste ; Jean-François Ramquet, secrétaire régional de la FGTB Liège-Huy-Waremme ; Jean-François Tamellini, secrétaire fédéral de la FGTB ; Jean-Jacques Heirwegh, professeur à l’ULB ; Jean-Pascal Labille, secrétaire général de l’UNMS ; Khadija Khourcha, responsable nationale Travailleurs sans emploi de la CSC ; Ludovic Suttor-Sorel, ancien président du Cercle du Libre Examen de l’ULB ; Ludovic Voet, responsable national des Jeunes CSC ; Marc Goblet, secrétaire général FGTB ; Marc Jacquemain, professeur à l’ULg ; Marc Zune, GT Travail digne de Tout Autre Chose ; Marcelle Stroobants, professeure à l’ULB ; Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC ; Mateo Alaluf, professeur à l’ULB ; Michel Cermak, président du Collectif Roosevelt.BE ; Nabil Sheikh Hassan, service d’étude de la CNE ; Nadine Gouzée, membre effectif du Club de Rome – Chapitre UE ; Nicolas Bardos, professeur émérite à l’UCL ; Olivier Bonfond, économiste au CEPAG ; Olivier De Schutter, professeur à l’UCL ; Pascale Vielle, professeure à l’UCL ; Philippe Busquin, ministre d’Etat ; Philippe Maystadt, ministre d’Etat ; Pietro Emili, directeur de la Maison du Peuple d’Europe ; Robert Cobbaut, professeur émérite de l’UCL et membre du Collectif Roosevelt.BE ; Robert Stéphane, président-fondateur Vidéographie ; Robert Verteneuil, secrétaire général de Centrale générale de la FGTB ; Roger Chaidron, membre du GT Partage du temps de travail du Collectif Roosevelt.BE ; Rudy Janssens, CGSP-ACOD Bruxelles ; Sébastien Robeet, GT Travail digne de Tout Autre Chose et Service d’études CNE ; Sonia Lohest, présidente des FPS ; Thierry Bodson, secrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB ; Thierry Jacques, secrétaire fédéral de la CSC Namur-Dinant ; Thierry Kellner, professeur à l’ULB ; Vincent Fanara, plateforme « Du Temps Pour Nous ! » et membre de la Centrale Jeunes de la FGTB Liège-Huy-Waremme.

 

(1) Source : Conference board – database (2) Source : OCDE (3) Sources : Econosphères, SPF Emploi

 

Une carte blanche parue dans Le Vif et cosignée par le président du MOC. En plus d'être raciste, homophobe, sexiste et islamophobe, en plus de préparer une nouvelle vague de régression sociale contre le monde du travail, Donald Trump est un climato-négationniste.

 

 

 25149765923 c82121ff40 z

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Donald Trump © Gage Skidmore

 

Durant la campagne électorale, le nouveau président des États-Unis a affirmé que le changement climatique est un canular inventé par "les Chinois" qui complotent perfidement pour ruiner l'industrie US. Qu'il se dise maintenant "ouvert" à la possibilité d'un lien entre les activités humaines et le réchauffement ne doit pas nous endormir. Cette inflexion dans ses propos n'est pas du tout confirmée par le choix de ses collaborateurs, comme la désignation d'un climato-négationniste à la tête de l'Agence Américaine de Protection de l'Environnement. L'expertise scientifique bâtie sur le savoir, les milliers de pages de rapports rigoureux soumis à la révision par les pairs, la confirmation par les faits observés : tout cela n'a aucune valeur aux yeux de M. Trump. Il veut supprimer les fonds attribués à la NASA pour la recherche sur le réchauffement. Surtout, le nouveau locataire de la Maison Blanche semble bien décidé à abroger en priorité les mesures limitées que son prédécesseur avait prises pour réduire la part du charbon dans l'économie étasunienne. Bien entendu, il n'est pas imaginable d'attendre de son administration le moindre frein aux nouvelles extractions, de gaz ou pétrole de schiste par exemple.

 

 

    Si Trump concrétise ses intentions, lui et son équipe devront être considérés comme coupables d'un crime planétaire contre l'humanité

 

 

L'ère Trump pourrait faire perdre au moins 4 années supplémentaires dans la lutte pour le climat. Pourtant, le verdict posé par des milliers de chercheurs est sans appel : il n'y a plus une minute à perdre pour tenter d'éviter un basculement brutal et irréversible. Les conséquences seraient tellement catastrophiques qu'elles dépassent l'imagination - non seulement à long terme mais aussi dans les prochaines années. En plus des impacts écologiques, des centaines de millions de gens sont menacés, notamment par la hausse du niveau des océans, la baisse de la productivité agricole, les sécheresses, les inondations et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Où iront les hommes et les femmes frappées par ces catastrophes? Grossir les rangs des personnes déplacées et réfugiées que les pays riches refoulent sans pitié. Le tournant climato-négationniste a toutes les chances de faire plonger le monde de nos enfants dans la barbarie. Il faut donc le dire sans ambages : si Trump concrétise ses intentions, lui et son équipe devront être considérés comme coupables d'un crime planétaire contre l'humanité, contre l'environnement et contre la raison. Circonstance aggravante, ce crime aura été commis par le chef du pays qui est le principal responsable historique du changement climatique, contre celles et ceux qui en sont les moins responsables.

 

Nous savons que l'accord de Paris n'est qu'une déclaration d'intentions, notoirement insuffisante pour maintenir la hausse de la température de la Terre au-dessous de l'objectif adopté de 1,5°C. Nous savons que les seuls engagements concrets à ce jour - les contributions nationalement déterminées des 192 États qui ont approuvé les conclusions de la COP21 - nous mettent sur la voie d'un réchauffement probablement bien supérieur à 3°C d'ici la fin du siècle, avec des émissions qui poursuivent leur courbe ascendante alors qu'elles devraient décroître ! Nous ne pensons pas que les révisions périodiques prévues dans l'accord permettront de combler le fossé entre les intentions contenues dans l'accord et la réalité des contributions nationales. Non seulement parce que le temps presse plus que jamais, mais aussi parce que la politique climatique est néolibérale, taillée sur mesure pour et par les multinationales, et que sa mise en oeuvre est laissée à un marché incontrôlé, inefficace et structurellement pervers. Or, c'est précisément la concurrence pour le profit et la croissance qui en découle qui sont les causes fondamentales de l'accumulation de gaz à effet de serre. Nous le disons avec force : pour sauver le climat, il faut sortir de l'idéologie obsessionnelle du marché, changer de système, produire moins, produire pour les besoins, et partager plus. Partager les savoirs et les moyens, les ressources et les espaces. Décentraliser et relocaliser la production, d'énergie et alimentaire notamment, en favorisant son appropriation commune par les citoyens et les petits producteurs.

 

Aujourd'hui, il est encore possible d'éviter le pire. En s'appuyant sur la décision de principe adoptée à Paris de limiter le réchauffement bien au-dessous de 2°C, voire de 1,5°C, il est encore possible de faire avancer des alternatives à la hauteur du défi, des alternatives ancrées dans des luttes solidaires en faveur du mieux-être, du mieux-vivre, de l'égalité des droits et de la gestion prudente de la planète. Si l'on parvient à empêcher Donald Trump de mettre ses projets à exécution. Si l'on parvient à forcer certains gouvernements et l'UE, tentés de revoir leurs objectifs climatiques à la baisse, de les revoir à la hausse. La mobilisation est plus essentielle que jamais. Pour nous et nos enfants, pour notre bien commun la Terre, nous appelons à la mobilisation la plus large et à la solidarité avec les mouvements sociaux aux États-Unis et dans le monde entier. Nous appelons en particulier le mouvement des travailleurs et celui des activistes environnementaux à une lutte conjointe en défense du climat et des conquêtes sociales, contre les nationalismes et pour la solidarité.

 

Pour le climat, contre Donald Trump et son monde, nous appelons à un rassemblement avec casserolade, place de la Monnaie à Bruxelles, le vendredi 20 janvier de 17 à 19H sur la base suivante:

 

- Il n'y a pas de planète B

- Non au climato-négationnisme, non à l'obscurantisme

- Libérons-nous des fossiles

- Réduisons davantage les émissions de gaz à effet de serre, pas moins

- Pas de transition énergétique sans justice, pas de justice sans transition

- Produisons moins, pour les besoins, en partageant les ressources et les savoirs

- Travaillons moins pour travailler tous, pour de bons salaires et dans la solidarité

- Changeons le système, pas le climat

 

Mateo Alaluf (Sociologue), Paulo Charruadas (Historien, ULB), Chloé Deligne (ULB), Thibaut De Meulemeester (Biologiste, Climat et Justice sociale), Pierre Gillis (Physicien, UMons), Jean-Claude Grégoire (Professeur, ULB), Martin Guerard (JOC Mons - Borinage), Christian Kunsch (MOC), Jacinthe Mazzocchetti (Anthropologue, UCL), Pierre Ozer (Géographe, ULg), Bruno Poncelet (essayiste), Raphaël Rastelli (IEB), Isabelle Stengers (Philosophe), Daniel Tanuro (Climat et Justice sociale), Francis Taylor (Climat et Justice sociale), Léo Tubbax (Nucléaire Stop), Grégoire Wallenborn (Climat et Justice sociale).

Carte blanche issue du site web du quotidien Le Soir datant du 2 janvier 2017.

 

Le gouvernement fédéral concocte une dangereuse et insidieuse fragilisation de la sécurité sociale, dénoncent dans une carte blanche le front commun syndical et les mutuelles.


1808669

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 16 décembre dernier, sans grand retentissement, sur proposition des ministres De Block et Borsus, le gouvernement fédéral a posé des jalons importants vers une réforme du financement de la sécurité sociale. L’adaptation du financement pour tenir compte de la réforme de l’Etat, la réforme du financement alternatif et la réactivation – temporaire – de la dotation d’équilibre portent des coups sévères à l’essence même du modèle de sécurité sociale. Ce projet de réforme ne doit pas être passé sous silence. A terme, il risque de rompre complètement l’équilibre d’une sécurité sociale qui fera désormais l’objet d’arbitrages politiques ancrés dans la loi.

 

Le projet de loi proposé a partiellement suivi l’avis que les partenaires sociaux avaient rendu en juillet 2015 : neutralisation de l’impact sur le budget de la sécurité sociale de la 6e réforme de l’État, simplification du financement alternatif (TVA et précompte mobilier), transfert des dépenses qui ne devraient pas relever de la sécurité sociale (ce qu’on a appelé les « œufs de coucou ») vers les départements concernés et le rétablissement, à partir de 2017, de la dotation d’équilibre (mais seulement pour 4 ans). Tous ces éléments passent largement au second plan en raison d’un sous-financement larvé (en raison d’une surestimation des effets retour) et du mécanisme dit de « responsabilisation ».

 

Le gouvernement fédéral concocte ainsi une dangereuse et insidieuse fragilisation de la sécurité sociale.


La « sécu » affaiblie par un financement instable

 

Le mécanisme dit de « responsabilisation » inclus dans le projet de loi revient en fait à ancrer dans la loi un levier qui permettra, lors de chaque discussion budgétaire, d’entamer au préalable un débat sur des « économies antisociales » et de remettre en cause les accords conclus entre partenaires sociaux. Nous connaissons déjà ce type de discussions avec le gouvernement actuel. Il en fut ainsi lors de la confection du budget 2017. La nouveauté est que ce marchandage aux dépens de la sécurité sociale serait désormais ancré dans la loi. Il se reproduira donc à chaque discussion budgétaire, tout comme ne cessera de se renforcer le déséquilibre criant entre le laxisme en termes de recettes fiscales et la rigueur à l’encontre des allocataires sociaux et des soins de santé.

 

A l’avenir, la sécurité sociale sera donc encore plus exposée à des arbitrages politiques permanents.


La mort de la cohésion sociale

 

Ce texte de loi affaiblit aussi significativement la concertation sociale à divers niveaux (remise en question des accords sociaux, mise sous tutelle des Comités de gestion…). Il autorisera en effet le gouvernement à corriger ou à ignorer des accords sociaux en fonction de leur impact budgétaire sur la sécurité sociale.

 

Il met également la sécurité sociale sous la tutelle d’une Commission Finance et Budget qui mettra à l’écart le Comité de gestion tripartite de la Sécurité sociale.

 

Ce « trompe-l’œil » d’une gouvernance soi-disant neutre et « technocratique » de la sécurité sociale cache surtout le renforcement du pouvoir du gouvernement. Pourtant, ce renforcement n’a guère de raisons d’être. D’une part, le gouvernement instaure déjà des mécanismes qui lui permettent d’imposer ses choix politiques. D’autre part, il attribue la responsabilité des mesures qui découlent de ses choix à d’autres, en l’occurrence les partenaires sociaux. Ceux-ci seront finalement contraints de proposer des mesures d’économies, le couteau sous la gorge et de s’assurer que le compte est bon.

 

En fin de compte, le gouvernement s’arroge subtilement, mais inexorablement, le droit de rétrécir la protection sociale. Alors même que les défis auxquels elle doit répondre sont de taille.

 


Répondre aux besoins de la population

 

Il est aujourd’hui essentiel de rappeler que les partenaires sociaux avaient plaidé, dès juillet 2015, pour un financement stabilisé de la sécurité sociale via une dotation d’équilibre pérenne qui offre la garantie que les ayants-droits pourront aussi bénéficier de leurs allocations sociales ou leurs soins de santé en fin d’année, non seulement jusqu'à fin 2020 mais aussi par la suite.

 

Dans le même ordre d’idée, il s’agit de renforcer le rôle des interlocuteurs sociaux sur l’avenir de la sécurité sociale au lieu de déstabiliser celle-ci. Enfin, il faut cesser d’appréhender la sécurité sociale comme un coût alors qu’elle est un élément essentiel de la cohésion sociale et du mieux vivre ensemble.

 

Elle est, en effet, un moyen de répondre aux besoins de la population. Les pensions doivent être garanties, les soins de santé doivent être remboursés et les invalides indemnisés ! La réalisation de ces objectifs n’est pas illusoire. La solution pour un financement équitable de la sécurité sociale est évidente : dans un premier temps, celui-ci passe inévitablement par une meilleure justice fiscale. Il n’est pas concevable que les politiques fiscales non-abouties du gouvernement aient pour conséquence de faire payer l’addition aux citoyens. Ceux-ci ont déjà donné, ça suffit !

 

Sans ce changement de cap que nous appelons de tous nos vœux, ce sera la fin de notre modèle de sécurité sociale.

 

Signataires :

 

Christian Kunsch, MOC Patrick Develtere, beweging.net Marc Leemans et Marie-Hélène Ska, CSC-ACV Luc Van Gorp et Jean Hermesse, MC-CM Rudy De Leeuw et Marc Goblet, FGTB-ABVV Michel Jadot et Jean-Pascal Labille, Solidaris Micheline Scheys et Paul Callewaert, Socialistische Mutualiteiten. Dominique Surleau, PAC Mario Coppens et Olivier Valentin, CGLSB-ACLVB

 

La Journée internationale des Migrants de ce 18 décembre, nous la dédions aux sans-papiers : ceux et celles dont on ne parle que peu, ou mal, dont la société dit ne pas vouloir, ceux et celles qui se trouvent au bout de la chaine de la citoyenneté et de la légitimité.

 

580802220 1040192c66 z

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Manifestation à Bruxelles pour la régularisation pour les sans papiers. © Tijl Vercaemer

 

La cause des sans-papiers est passée sous silence... Elle est pourtant cruciale. Non seulement parce que leur situation s'aggrave de jour en jour, qu'ils sont la cible d'une politique migratoire belge marquée par une répression grandissante. Mais aussi parce que leur situation révèle jusqu'à quel degré les droits les plus fondamentaux communs à tous - et à travers eux, notre société - peuvent être attaqués.

 

Être sans-papiers en Belgique, c'est être là sans s'en voir reconnaitre le droit. C'est, à ce titre, courir le risque permanent de se faire arrêter, enfermer, expulser. De quoi condamner à vivre dans l'ombre et dans la peur 100 à 150.000 femmes, hommes et enfants, qui vivent en Belgique souvent depuis des années, y ont développé des attaches fortes - affectives, familiales, professionnelles - et estiment ne pas pouvoir rentrer dans leur pays, dévasté par les injustices et la violence.

 

Chaque jour, des personnes sans-papiers sont arrêtées - dans la rue, à leur domicile, à la commune ou encore à l'Office des étrangers - et sont envoyées en centre fermé, pour n'avoir commis d'autre délit que celui de ne pas disposer de titre de séjour. En 2015, 6.229 personnes ont été détenues dans ce cadre et 80% d'entre elles ont été renvoyées vers le pays d'où elles provenaient.

 

Ces mêmes personnes sont, de par leur situation ultra-précaire, exploitées quotidiennement sur le marché du travail. Le 18 décembre, qui commémore l'adoption de la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, peut à ce titre d'autant plus leur être dédié. Les sans-papiers, sans sécurité ni droits, sont - plus encore que tous les migrants - instrumentalisés comme de véritables outils de dérégulation du droit du travail, permettant de faire pression sur le salaire de tous les travailleurs. La signature de cette convention par l'État belge et sa mise en oeuvre s'imposent d'urgence, pour que soit mis fin à cet esclavage qui ne dit pas son nom.

 

    Chaque jour, des personnes sans-papiers sont arrêtées et sont envoyées en centre fermé, pour n'avoir commis d'autre délit que celui de ne pas disposer de titre de séjour.

Au-delà du risque quotidien d'arrestation et de leur exploitation au travail, les sans-papiers ont dernièrement fait l'objet d'une attention toute particulière de la part des autorités belges.

 

Le 16 mars 2016, Hamed, porte-parole du collectif des Afghans, était expulsé vers l'Afghanistan. Le 24 novembre dernier, c'était le tour de Sow, représentant du collectif Ebola, d'être renvoyé de force vers la Guinée-Conakry. En arrêtant ces deux leaders du mouvement des sans-papiers, les autorités donnaient un signal fort aux militants de la cause et privaient de nombreuses personnes de la voix qui leur était donnée sur la place publique.

 

Nous restons également marqués par l'évacuation du collectif La Voix des Sans Papiers, le 19 septembre à Molenbeek, qui s'est déroulée moyennant des dispositifs guerriers - hélicoptères et armes lourdes - pour déloger quelques personnes complètement désarmées. Régulièrement, des dizaines de personnes et familles sans-papiers sont évacuées du lieu inhabité qu'elles occupaient collectivement, pour avoir un toit mais aussi en vue de rendre leur cause visible. Trop souvent, ces collectifs sont évacués sur base de motifs bancals et ce, vers nulle part, sans qu'aucune alternative d'hébergement leur soit proposée, en hiver comme en été.

 

Dans sa note politique du 27 octobre dernier, le Secrétaire d'État à l'asile et à la migration annonçait sa volonté d'augmenter le nombre de places en centre fermé, d'étendre la durée de détention à 18 mois, et d'enfermer à nouveau des familles avec enfants. Il prévoit en outre une modification de loi permettant la violation du domicile - principe garanti par la constitution -, en vue de faciliter l'arrestation des personnes en séjour irrégulier.

 

Ces mesures répressives en cascade s'institutionnalisent l'une après l'autre et s'accompagnent de discours criminalisant, associant de manière répétitive et inlassable les qualificatifs d'étrangers, d'illégal et de criminel. Une association renforcée par des opérations telles que "Gaudi", véritables chasses aux personnes sans-papiers commettant de petits délits, permettant de focaliser l'attention sur une petite minorité, absolument non représentative de l'écrasante majorité.

 

De quoi donner raison aux personnes qui ont peur des étrangers, justifier les politiques mises en oeuvre à leur égard et ainsi produire une population exclue de toute citoyenneté, sans dignité ni droits.

 

La répression sévit et l'étau ne cesse de se resserrer autour des sans-papiers, dans une indifférence quasi générale, construite autour de fantasmes sécuritaires anti-migrants et oubliant la part de responsabilité de nos gouvernements, non fantasmée elle, dans les causes qui chassent ces personnes de leur pays. La logique ici dénoncée s'exerce certes de manière exacerbée vis-à-vis des personnes sans droit de séjour, mais les citoyens européens n'en sont pas épargnés.

 

Ce 1er décembre, comparaissaient devant le tribunal six passagers d'un avion qui, le 17 août dernier, s'étaient levés pour contester le traitement réservé à un homme que la police tentait de contraindre au retour vers le Cameroun. Le Secrétaire d'État a précisé qu'il lancerait les mêmes poursuites contre toute personne qui se manifesterait en ce sens et ce, au nom du "coût" élevé d'une expulsion échouée et de la "frustration" que cela peut générer chez les agents en charge de cette expulsion. Sans égard pour ce que peut ressentir la personne expulsée, ni pour la nécessité démocratique d'un contrôle citoyen.

 

La même répression est de mise pour les chercheurs d'emploi, les bénéficiaires de l'aide sociale, les ayants droit à l'aide juridique, soupçonnés a priori d'imposture et soumis à des contrôles toujours plus pressants.

 

Laisser ces mesures prendre le pas, c'est cautionner le déploiement sournois et progressif d'un tel modèle de gestion de la société dans son ensemble. Un modèle dangereux qui - il le montre déjà - a le pouvoir de faire déraper la démocratie et les libertés qui lui sont inhérentes. Difficile, sous cet angle, de taire le goût de déjà vu que le climat actuel dégage. Au final, les premiers visés ne sont pas les seuls à avoir souffert, c'est l'ensemble de la société qui en a été profondément meurtrie.

 

Alors, à bon entendeur : "C'est pas les immigrés, c'est pas les sans-papiers, c'est la loi qu'il faut changer",

 

Signataires :

 

CEPAG, CIRÉ, CNE, Coordination des sans-papiers, CSC, FGTB, Journal des Sans-Papiers, La Communauté du Béguinage, La Marche des Migrants de la région du Centre, Le Monde des Possibles Asbl, Migrations et Luttes Sociales, MOC, MRAX, Sireas/SASB, SOS Migrants.

 


Clip de la coordination des Sans Papiers :     https://youtu.be/4ihES4OrrSk

                             logo ep                       

© 2009 MOC

moc-homeChaussée de Haecht, 579 à 1030 Bruxelles.
moc-phoneTél : 02 246 38 01 - Fax : 02 246 38 55
moc-email secret.gen@moc.be